Salut Inek ! C'est marrant que tu me poses cette question, parce que justement en ce moment il est dans ma poche arrière, plié en 4, un peu froissé donc, mais que tout le monde se rassure, son dos ça va ...(rires !)
Blague à part l'ami, tu me demandes où est passé Radicalkicker, mais il est juste là, à répondre à tes questions, c'est bien moi : Jéthro BARE. Toujours le même, toujours mieux j'ose espèrer. Les 13 lettres de mon ancien pseudonyme "Radicalkciker" elles, ont effectivement été abandonnée, pour des raisons simples et compréhensibles que j'expose assez clairement sur mon site, mais le mec derrière le mic, derrière les machines, sur scène, Jéthro, lui, sa voix, ses lyrics, sa niaque, son style, eux sont toujours là, et c'est bibi !
Le fait d'utiliser ma vraie identité ne change pas grand chose en fait, sinon que pour moi cela reste le symbole fort d'une implication encore plus personnelle et profonde dans mon art. Cela scinde aussi nettement les périodes et installe un axe chronologique, avec "l'avant", époque Radicalkicker justement, la période "intermédiaire", le trou artistique et les grosses galères, et "le présent et l'avenir", ce qui se passe en ce moment et ce qu'il y a à venir, Jéthro BARE.
C'était le bon moment pour poser les choses de cette façon là. Aujourd'hui, je suis le parfait outsider, l'homme dont tout le monde se fout, que personne n'attend, je ne suis donc soumis à aucune sorte de pression quelle qu'elle soit, et ça me va très bien. Je ne fonctionne que comme ça de toute façon, car sans la craindre une seule seconde, je la juge complètement inutile et tout à fait contre productive, nous parlons de musique, de création, de ce qu'il y a de bien dans la vie, et non du stress d'un commercial qui doit faire son chiffre ou se soucis d'être promu, ça n'a pas place ici.
Les quelques personnes fidèles et avisées, les "true listeners", qui ont fait le lien entre mes nouveaux tracks, mes nouveaux projets et mes anciens disques, mes trucs d'avant, ou tout simplement ceux qui ont reconnu ma voix, savent que je ne tombe pas de la dernière ondée, et d'ailleurs aujourd'hui, beaucoup d'entre eux me témoignent leur soutien par rapport à mon parcours dans le peura, le fait que je revienne et tout ça, ce que j'ai fait avant etc., ça me touche énormément et prouve qu'on ne m'a pas oublié, que j'ai marqué au moins un peu les esprits, que tout ce travail n'était pas vain et c'est une très bonne chose, mais ça date, c'était il y a longtemps, et aujourd’hui, j'arrive avec une main devant/une main derrière, sans hype, sans exposition ni pouvoir financier ou médiatique, mais je fais ce qui me plait, ce qui me semble bon, en accord avec moi-même, avec ma vision artistique, et ça, ça ne risque pas de changer.
Tout ce que j'ai à faire valoir, c'est mon univers global, mon univers de note, ma voix, mes thèmes, mes références, mon parcours, mon écriture, ma sensibilité, mes émotions, ma vie, je ne prétends pas être ce que je ne suis pas, ni être le rappeur number 1, celui qui a tout fait, le mega gangsta, celui qui a le plus voyagé, le plus politique, le plus ancien, je ne fais partie d'aucune tribu, d'aucun clan, je ne suis ni un redresseur de tort, ni un journaliste, ni un donneur de leçon, encore moins un leader d'opinion (sinon la mienne !) ou un faux modeste, un menteur fallacieux qui prend les gens pour des cons et se prend au jeu de sa propre connerie, en y croyant, juste là pour flatter son propre public et entretenir son fond de commerce.
Moi, je dis juste "me v'la !" ou plutôt "me r'voila !" pour être plus juste, avec mes particularités, et si t'aimes bien ce que tu entends ou ce que tu perçois, viens, on va se faire un beau petit voyage par les mots et la musique, à travers les émotions, et si tu n'aimes pas, va voir là-bas si j'y suis !... Tu constateras que dans un paysage musical de "copycat", je ne possède pas encore le don d'ubiquité, et que si tu ne supportes pas ce que je fais, le choix d'autres trucs à écouter ne manque pas. Ce qui reste sûr, mon cher Inek, c'est que ce dont je cause, les sujets que je traite, qu'ils soient axés plutôt "profond" ou plutôt fun, je les connais bien, s'ils sont devenus des textes mis en musique, c'est qu'ils ne sont pas abordés à la légère et m'importent sincèrement, dans le fond comme dans la forme. Je ne m'aventure pas dans des frasques juste pour délirer. Je suis concerné par ce que je dis. Je suis concerné par mes notes. La spontanéité est une composante essentielle mais rien n'est anodin, ou laissé au mauvais hasard.
J'y suis. Voila qui je suis. Jéthro Bare.
Maintenant qu'on cerne mieux le personnage, je vais m'intéresser au désormais Jéthro. Tu parles du Jéthro de "l'avant", de "l'intermédiaire" et du "présent et de l'avenir". L'existentialisme est la théorie du philosophe Jean-Paul SARTRE selon laquelle l'Homme devient quelqu'un par la somme de ses actes et non par le simple fait d'exister.
Est-ce que pour toi, tout ce que tu as fait (artistiquement) par le passé t'as aidé à devenir le Jéthro à qui je parle en ce moment ? Est-ce que l'addition est bonne ?
C'est ton droit d'évoquer Sartre, néanmoins j'avais plus exposé l'idée simple et basique d'un axe chronologique pour situer mon parcours, que pour faire référence à ce philosophe. Pour le détail, je crois en la part innée de ce qui nous constitue, et d'une somme qui n'est pas à l'échelle d'une seule vie spatio-temporelle arrêtée, mais ce sont d'autres débats, d'autres idées, passons.
Artistiquement, il s'agirait plus d'une équation que d'une addition. Ils restent quelques inconnus. Plusieurs choses que je n'ai ni encore vécu, ni encore ressenti, tout en sachant qu'elles font parties de la solution vers l'avènement de ma propre réalisation, en tant qu'homme et en tant qu'artiste, les deux étant intimêment liés, tu l'auras désormais bien compris. J'ajoute également que ce que j'ai eu l'occasion de transmettre aux gens sur disque depuis l'époque "Radicalkicker" est infime, presque insignifiant. Si j'avais eu le loisirs de sortir mes projets à, ne serait-ce qu'une allure plus raisonnable et une fréquence plus régulière que cela a été, premièrement on aurait réellement pu apprécier la fibre et le sens de ce que j'ai (avais) envie de faire, et secundo j'aurai pu alors effectivement rebondir sur ce qui avait été mis à bien pour avancer plus loin, mais ce n'est pas le cas. Je n'ai pas eu le bon deal, pas misé sur les bons chevaux, pas eu la chance de mon coté non plus, tout simplement, et presque rien ne s'est fait d'une manière concrète et fidèle à ce que j'aurai voulu en réalité.
Vois le truc, rien qu'en tournant avec des autoprods fragiles et des labels indés vraiment pas très carrés ou sans grand moyen, j'ai officié dans la production de mixtapes de musique américaine d'actualité (à chaque époque avec Wicked.P), dans la prod de Break-beat et de Party-mixes pour les soirées, dans le rap en français classique, sur mes propres skeuds ou en featurings, dans la prod pour d'autres artistes et pas seulement estampillés "peura", dans de la prod de musique électronique, etc ... Ca donne un aperçu de mes envies, des directions, prouve la diversité voire la boulimie de travail et de musique qui rythme ma volonté, mais ce qui a été fait est de loin en nombre trop réduit pour donner un aperçu correct de mes intentions réelles, que ce soit au niveau des conditions dans lesquelles tous ces projets ont été réalisés, sans cesse enfantés dans une adversité plus ou moins omniprésente et une hostilité relative assez corsée tout du long, que dans la façon dont tout ceci a été porté au public en finalité, c'est à dire sans aucun suivi digne de ce nom et essoufflé avant même d'être parti. C'est la raison pour laquelle, artistiquement, on en peut pas dire que je sois le résultat de ce que j'ai fait jusqu'à maintenant, et du peu que les gens ont entendu. Après "LE FEU AUX POUDRES" ça ira mieux déjà. Tu sais, mon gimmick "C'est que l'début, t'as rien vu !" je ne l'utilise pas encore aujourd'hui en 2006 pour rien ! (rires), comme j'avais compté le justifier déjà en 1997 après "Sphères"... Je garde espoir et reste confiant en mes capacités. On verra bien ce que ça donne !
En revanche, mon parcours artistique personnel, la façon dont j'évolue dans mes rapports propres avec la musique, son histoire, la façon dont elle m'influence et ce que j'analyse des mouvances qui en résulte, oui, concernant ces différents points, on peut dire clairement que j'en suis le résultat, de cette vie artistique interne là, et que cela m'a aidé à devenir l'homme Jéthro mais aussi l'artiste Jéthro qui se présente devant toi aujourd'hui, et cette manière propre a chacun de "vivre la musique", "un mouvement" juste en tant qu'auditeur ou spectateur, reste à travers mon propre filtre de sensibilité artistique une vie artistique à part entière, que je dilue et dont je me nourris dans mes propres réalisations. être dans le bain fait aussi partie du jeu, pas seulement régler l'eau et ne jamais s'y plonger. Comme un cuistot qui ne se régalerait jamais aux tables des autres, ou qui ne goûterait jamais sa cuisine... Ce n'est pas mon cas. Je vais beaucoup dans les concerts, voir les artistes que j'apprécie en vrai, partager avec eux, passé du temps avec ce qu'ils dégagent quand ça vaut le coup, leurs visions, comme j'aimerai que l'on en passe avec les miennes, j'écoute énormément de musique chez moi, dans les transports, chaque fois que je peux. J'y suis jusqu'au cou ! La "culture" c'est vraiment une des meilleures façons que j'ai trouvé de combler ce temps qui m'a été imparti à vivre ici-bas ! (rires) Même s'il se partage avec quelques autres besoins et activités annexes, je dois avouer que j'y consacre beaucoup de sabliers, je reste dans l'artistique, quelque soit l'art concerné, tant que les sentiments s'expriment, c'est ma came ! Si tu me cherches, quelque soit l’endroit où vivent les hommes, jette un oeil dans les culture-thèque... En librairie, chez les disquaires ou au cinoche... T’as de grandes chances.
Tu parles de ta boulimie pour l'art en général, ce qui en soi est une très bonne chose selon moi car je considère l'art dans toutes ses dimensions comme étant un lien fédérateur des relations humaines et des différentes cultures qui existent sur notre sphère bleue.
Parlons à présent "art", parlons de l'art que tu pratiques, parlons du rap, de ton rap. Peux-tu nous raconter ton parcours dans le milieu en tant que rappeur ? Et pour faire honneur au nom du site parles-nous des connexions que tu as fait au détour de ce parcours.
Mon parcours en tant que rappeur, et dans le Hip-Hop en général, encore une fois est assez bien détaillé sur mon site dans la rubrique "Interview intimes". Nous allons tacher ici d'être un peu plus sommaire. (Note : ah la bonne blague :-)
Je n'ai été introduit par personne dans ce milieu, je ne connaissais pas personnellement d'activistes qui auraient pu me mettre le pied à l'étrier, me faire profiter de leurs raccourcis ou simplement m'aider, me faire connaître ou autre, pas de cousin qui parte tous les mois ou de famille aux USA, personne dans l'art-biz, que dalle, la seule chance que j'ai eu dans cette histoire, c'est d'être un p'tit gars de région Parisienne, donc là où ça se passe, et où il est plus facile de se plonger dans "le mouv'" qu'ailleurs en étant excentré. C'est la capitale quoi. Comme je suis de St-Ouen, banlieue 93 à deux pas de Paris, et que de surcroît j'habite un quartier un peu spécial qui te permet de croiser pas mal de gens issus de courants culturels différents, à savoir LES PUCES, j'ai jamais eu d’œillères, et forcément ça facilite l'ouverture sur les trucs un peu alternatifs, l'underground etc...
J'ai commencé à écouter du rap et à aimer ça très jeune, par mon oncle, dans les années 80, avec l'album de RUN DMC "King Of Rock", qui reste aujourd'hui, l'album de rap que j'ai certainement le plus écouter de ma vie, n'ayant que celui-ci pendant des années de jeunesse à se faire chier, et à se cramer les oreilles devant le poste. Puis est venu P.E, LL, puis le second P.E et le morceau "Rebel without a pause" qui a été une des bases fondatrice de mon envie, un trait de lumière dans ma vie, mon parcours, ma mémoire. Tout y était. L'intention, l'émotion, l'attitude, le son, etc... Tout quoi. C’était ça. A la base, avec ma "personnalité un peu décalée" comme disent les gens, et mon caractère différent de la majorité, force est de constater, j'ai toujours dû m'impliquer dans quelque chose qui canalise et galvanise mes émotions, répond quelque peu à mes questions, et me rapproche de moi même. Avec 10 berges de plus, j'aurai très certainement fondu dans le Punk, ou alors j'aurai été un skinhead, mais un vrai, un rude boy, pas un bonehead ou un facho nazillon évidement, mais j’aurai plongé dans ce genre de mouvances culturelles parce que ça correspond à certains aspects qui me caractérisent, genre un peu fouteur de bordel, voire un peu violent, avec une bonne dose de provoc' et de désespoir quand même, le rejet de ce qu'on essaye de te faire croire, de la morale, de la pensée dominante, tous ces trucs là, loin de se soucier du "qu'en dira t-on", puis par goût aussi plus simplement, autant des accroches esthétiques évidentes (sans le coté cra-cra) que l‘amour du son des guitares électriques saturées, etc... Ca colle bien à mon décor, à mon tempérament, j'aurai foutu le camp à London pour sentir le truc au plus près et serai revenu un peu désabusé avec des souvenirs plein le cerveau... Pour me replonger dans la grisaille parisienne dégoûté et toujours révolté. Le genre de Punk qui aurait quand même pu se poser et écouter Herbie Hancock en appréciant... Tout en se foutant des dégaines de travlos des funksters et des tout premiers rappeurs (genre SM avec clous et PVC) ! (rires) Un peu cheulou déjà donc comme garçon... Avec des points de vue singuliers dans l'alternatif ! (rires)
Mais voilà, je suis né fin des seventies, et la couleur flashy des joggings des breakers-boys, les Adidas du désormais révérend RUN, et les pulsations de la TR-808 m'ont mis KO très tôt, et je suis devenu un B-Boy. J'ai fait mes armes tout seul, comme je pouvais, et à l'endroit d'où je viens, en Seine-St-Denis et puis Panam', c'est quand même un petit vivier, tu trouves toujours des bonnes têtes avec qui monter quelques trucs, ou qui ont un pote qui en connaît un autre qui peint un peu, qui danse ou qui a un peu de matos hi-fi, ou qui est un peu impliqué dans le truc etc... J'ai été fortement attiré par le graffiti, puis j'ai vite constaté qu'il m'était plus aisé d'être un vandale, un tagger, qu'un bon graffiti-artist, et puis en tant que jeune con un peu énervé qui se respecte, les "cartons en règle" m'apportait plus d'adrénaline bordélique que la réalisation de grandes fresques aussi belles soient-elles, alors j'ai beaucoup écrit mon blaze de l'époque sur les murs et les camions des gens, ainsi sur les propriétés de la RATP. Mais comme j'étais tout de même assez jeunot et pas franchement prêt à sucer qui que ce soit pour rentrer dans un crew de mecs plus grands, tout ces délires sont restés locaux, vers la baraque, le terrain de graff des rails, les stations proches, et les murs de la ville en somme ! (rires) J'en avais des projets de peinture pour Paris pourtant...
Mais bon, le temps passe, les opportunités et l'envie parfois avec. Toujours est-il que ce qui a été déterminant dans mon parcours en tant que rappeur, et quant au fait de faire de la musique en général, c'est la rencontre avec DJ WICKED.P, j'explique tout ça en détail sur mon site également. Nous avons commencé à bosser ensemble et le reste de l'histoire, tu la connais, y’a qu’à check ma disco. Mais pour faire référence à la ligne éditoriale de ton site, c'est bien en 1993, à l'écoute de l'album "LE FUTUR QUE NOUS RESERVE T'IL ?" que je me suis dit qu'il me fallait faire quelque chose de concret. Encore une fois, certains disques, comme certains évènements ont une consonance toute particulière dans la vie, ce sont des ponctuations, ils sont là au bon moment, avec la bonne forme, le bon fond, et l'alchimie prend à 100%. Cet album m'a mis dans de très bonnes dispositions. C'était un rendez-vous. C'était exactement ce que j'avais besoin d'entendre à ce moment là, dis de cette façon là, avec cette dégaine là. En langue française, avec cette force et cette attitude qui sonnait très juste, dans ce contexte, etc... Une fois de plus, je trouvais, et continue à trouver d'ailleurs, que tout y était. Graphiquement, au niveau du contenu, le son, tout correspondait à ce que j'avais à l'intérieur de moi et ça m'a mis un bon coup d'accélérateur. C'était mortel. En français, j'ai commencé à entendre les premiers trucs vite fait dans "H.I.P-H.O.P" de l'homme Sidney sur TF1, vague souvenir, puis le DEENASTYLE de NOVA sur la fin, ensuite dans les RAPLINE d'M6, mais je n'étais pas super convaincu... Je me sentais très proches de ce que racontait NTM évidement, ça respirait clairement l'ambiance de chez nous, pas de doute, et le style tuait, et puis il y avait ASSASSIN, dans la même lignée.
La différence entre ASSASSIN et NTM, c'est que les premiers avaient eu la bonne idée de mettre une adresse derrière leurs skeuds, alors j'ai écrit et je leur ai dit ce que je pensais de ce qu'ils faisaient. Le bloc "Squat/Solo/D.L/Clyde", c'est ça qui me plaisait. On m'a répondu, et plutôt que de sourire, s'en foutre et de se la péter, ASSASSIN a soutenu ma démarche, on a correspondu comme ça un petit bout de temps, jusqu'au moment où Squat m'a appelé car il avait besoin de scratches pour un morceau, et il m'a demandé ce que Wicked.P en penserait. De là, nous nous sommes rencontrés et très vite bien entendus. ASSASSIN n'existait déjà plus en tant que tel pour moi, il ne s'agissait déjà plus du bloc "Squat/solo/D.L/Clyde", j'ai fait la connaissance des gens qui vivotait dans l'entourage de Squat de l'époque en fait, et de leurs ambiances, et ça c'était une sacrée différence. Par la suite, il a convié Wicked.P à l'Homicide Tour, je les accompagnais ponctuellement pour quelques dates à droite à gauche, et puis on était tous dans le truc, quoi. Dès que Squat en avait l'occasion, il m'appelait pour participer à plusieurs projets, faire des feat, quelques shows, des prods, etc. C'est un garçon qui a un vrai bon fond. J'ai jamais vu ni décelé une once de vice dans son regard, jamais. C'est quand même le seul mec avec qui on sentait que ça pouvait accrocher pour de bon au niveau du discours, et qu'il comprendrait notre vision des choses un maximum, artistiquement aussi sûrement, surtout la mienne d'ailleurs, car on avait eu l'occasion de côtoyer toute la scène frenchy-parisienne ou presque, du fait des lieux où l'on traînaient, où l'on étaient, les "place to be" de l'underground de l'époque, la new-school du milieu 90's en fait, que pas mal de mecs appellent maintenant la old-school, et qui est en fait la seconde old-school si l'on veut être exact et enculer les mouches, et il suffisait en général de passer une moitié d'aprèm dans l'entourage de certaines cliques pour comprendre que c'était n'importe quoi, ou qu'ils s'agissaient carrément de vieilles bandes de rats crevés... Donc voila, les choses se sont faites naturellement. Squat est aussi le seul mec qui, sans rien que ça ne lui rapporte, strictement rien, prenait des rendez-vous pour faire écouter mes démos en maisons de disques, me faisait partager des plans juste comme ça, pour le plaisir d'être ensemble et de vivre le truc, sans jamais rien demander en retour, juste pour faire avancer la machine, sans malice aucune. Je ne dis pas que c'est exceptionnel, mais le fait est que c'est le seul qui ait pensé à le faire !!! Ca vaut d'être salué ! Être normal devient une qualité dans cette grosse merde qu'est le biz, plus bas reflet des basses aspirations et qui est un miroir déformant des relations humaines génériques. Ca mérite d'être dit et souligné.
En ce qui concerne Squat, je ne l'ai pas vu depuis plusieurs années, nos dernières collaborations ayant été ponctuées par quelques fausses notes. Je crois que je l'ai envoyé chier au téléphone ou un truc comme ça à l'époque. (rires) A la Jéthro Bare quoi !! (rires) Mais rien de grave. Que les choses soient très claires, je n'ai rien contre ce gars-là, au contraire, sa contribution au peura dans ce pays est énorme et très positive, charismatique même, c'est indéniable, et puis pour moi, il a joué un rôle spécial malgré tout, du fait de ce fameux album "LE FUTUR ...". Il reste un des meilleurs auteurs et interprètes en rap français à mes yeux et à mes oreilles, au delà du temps et des styles. Un texte comme "La flamme s'éteint" à titre d'exemple, je sais ce que ça représente pour moi, et au niveau de la force d'expression également, pas de soucis. Aujourd'hui, grâce à ton site notamment mon cher Inek, je sais qu'il est dans son trip brésilien par exemple, et j'ai eu l'occasion de survoler ce qu'il a fait ces derniers temps, quand je tombais dessus. J'accroche pas tout, mais j'ai particulièrement apprécié le track "Libre", qui pour moi est une bonne remise à l'heure des pendules avec le style qu'il faut, les mots qu'il faut, à tous les niveaux, et ça me fait vraiment plaisir d'y voir un mec assumer et sans gène qui déglingue le beat, et qui déclare en quelque sorte haut et fort "Eh oui c'est moi, j'suis c'que j'suis et alors, et keskia !!!", ça me parle, tu vois ce que je veux dire, c'est rafraîchissant de le voir dans ce rôle là, sans inhibition aucune et en fermant la gueule des trous du cul. Le morceau avec Alibi Montana aussi j'ai bien aimé, juste les parties de Squat d'ailleurs (rires), mais il reste un "très bon" dans son rôle de "porte-voix journaliste unda", les trucs sur Eurest et Sodexho par rapport au placard, c'est lui qui me les a appris par exemple, par ce morceau, et pourtant je suis le mec qui diversifie ses sources d'informations, et qui bouffe de l'info à mort, mais je suis heureux qu'un mec comme lui arrive à parfaire ma connaissance, c'est un bon sentiment. Il est vraiment bon dans ce rôle là, et depuis long time. Pour le reste de ce que j'ai pu entendre de ses activités plus ou moins actuelles, je ne m'y retrouve pas spécialement artistiquement, comme un peu toujours depuis l'Homicide Volontaire, chacun ses options, mais c'est une question de goûts et de couleurs, le fond reste vrai et teintée de folie, donc ça me plait plutôt ! (rires). C'est comme à l'époque, mais c'est toujours la même histoire, et nous concernant lui et moi, quand tu mets deux gars qui n'arrondissent pas les angles dans des situations idiotes ou qui prêtent à confusion, même pour des conneries, forcément ça picote. Moi avec ma grosse tête, ma grande gueule et le manque de discernement que je pouvais avoir à l'âge que j'avais, lui pareil avec ses fantômes à lui comme il dit, y'a risque de frottement c'est sur. Les incompatibilités d'humeur ne se gèrent pas toutes de la même façon, c'est pas toujours évident, chacun sa personnalité. Il sait très bien qu'il est loin d'être un sage, un "chaman" ou un type sans ego parfois mal placé non plus, grand peine lui en fasse.
Le point commun, c'est qu'on lutte tous contre ce qu'on est, pour retrouver ou trouver vraiment qui on est. Pour ma part, j'ai peur de rien me concernant, même avec les remous et les trappes de l'existence, j'ai pas perdu le fil. Si l'on veut imager, Teusk, lui, dans sa façon d'être et de voir les choses, je pense que ça pourrait un mélange entre un mec de Cypress Hill et un rasta, ou entre Jay-Kay et Jack Kerouac, alors que moi je suis plus un mix entre DMX et un mec de BLINK 182, ou encore entre Buckaroo Banzai et Iron Mike, toutes proportions gardées (rires !). Mais encore une fois, je n'ai évidement pas de rancœur, ni aucune sorte d'aigreur de quelque sorte que ce soit par rapport à lui ou à ça, je n'en ai jamais eu d'ailleurs, c'est juste une question de contexte et d'éléments extérieurs finalement. Vraiment pas de quoi mettre les doigts dans la prise en somme (rires). Moi tu sais, je sais un peu qui je suis quand même, je me fréquente depuis 30 piges maintenant et ne me suis jamais voiler la face, loin d'avoir une auréole mais pas un mauvais bougre non plus, et quand on bosse avec moi, j'arrive pas lisse du tout, je le reconnais, j'arrive avec mes histoires tristes et mes casseroles, surtout à l'époque, c'était du super lourd, j'arrive avec ma vision artistique racée et mon avis tranché, je sais ce qui est bon pour moi, je comprends qu'on en ai marre à force ou que l'on soit pas prêt à me suivre, ou même à m'entendre. Mais c'est comme ça. Je ne suis pas le mec de 18 ans qui s'amuse à écrire des rimes en dilettante à ses heures perdues d'étudiant, qui n'a pas trop d'opinion sur rien, malléable à souhait et sans grande expérience de la vie, et évidement encore moins artistique, sans trop de culture musicale ou autre, alors ça passe où ça casse. Tant pis si ça casse, c’est l’histoire de ma vie. Je garde le cap quoi qu'il arrive et déclare sans avoir à rougir ou que l'on puisse me prendre à défaut que je suis le seul à barrer mon navire. Et c'est bien le Jolly Roger, noir ou rouge selon l'humeur et les contingences, qui flotte au dessus...Pour toujours.
On perçoit quelqu'un d'assez sanguin chez toi, avec un caractère bien trempé à la lecture des réponses. Dans ton parcours de rappeur, il y a ce premier maxi "Sphères". Comment peux-tu expliquer que dans ce maxi, datant de 1997 (putain presque 10 piges tout de même), une analyse fine de notre société se dégage, émanant a priori d'un être posé, sur ses gardes, au point de vouloir évoluer dans d'autres sphères pour garder la tête froide ? C'est étonnant.
Ben, caractère bien trempé ou réactions un peu sanguines dès fois, genre à fleur de peau, c'est sans doute vrai, mais tout ça c'est des expressions, souvent toutes faites, et surtout dites par les autres, mon entourage ou des gens extérieurs à mon entourage direct, moi, vu de l'intérieur j'essaye juste de ne pas trop me griffer le visage tout seul. Je reconnais bien sur partir vite, c'est pas toujours bon, mais ça m'a plus aidé que desservit, je t'assure. Je suis vif c'est tout, mais pas débile ou irréfléchi justement, je ne suis pas un des mecs de "La colline à des yeux" je te rassure de suite .. (rires), sinon je serai déjà mort ou en QHS de HP, sous sédatifs constamment ... Après, tu me demandes comment ça se fait qu'avec un caractère comme ça, j'arrive à écrire des trucs un peu posés, en analysant etc... Ben voila, c'est juste parce que je suis pas un débile qui hurle tout le temps ou qui a oublié son cerveau aux toilettes, et à vrai dire, je ne vois aucune contradiction dans le fait d'être vif et réactif, et de faire preuve d'un peu de clarté et de recul dans le discours artistiquement, ou même dans la vie, mais surtout artistiquement, car on a pas mal d'exemple dans cette lignée là, avec des parcours bien plus torturés ou pénibles que ce à quoi j'ai eu droit pour ma part, voire avec des moeurs ou des façons de vivre bien et de réagir bien plus "destroy" que les miennes, des chanteurs, musicos, des auteurs, acteurs, peintres etc .. C'est d'ailleurs souvent le récit de leur vie qui m'a rassuré ou conforter dans certains de mes choix, qui m'ont aidé à les assumer, et être complètement désinhibé dans mon rapport avec l'art, quand tout le monde à son petit avis sur ce que tu devrais faire ou pas... Rien ni personne ne peut se mettre entre moi et ce que je fais, comme très peu le comprendront réellement, mais ce n'est pas grave, c'est à la fois une thérapie personnelle, une réalisation de soi impudique, et il faut à tout prix gardé cette ligne, ne jamais tenter de séduire pour de mauvaises raisons ou se changer pour faire partie d'une "tribu", ou se faire accepter par des personnes qui pensent devoir être ralliées pour faire partie de ce que les autres ne comprennent pas. FUCK THEM ALL !
Aujourd'hui, tu arrives pour notre plus grand plaisir avec ton premier album solo "Le Feu aux poudres".
Alors dis-nous un peu, les poudres c'est le bordel ambiant qui t'entoures auquel tu viens mettre le feu ou bien, la poudre c'est toi, chargé à bloc depuis tout ce temps, qui s'embrase par le biais de cet album qui porte donc au grand jour ce que t'as sur le coeur ?
Qu'est-ce que "Le Feu aux poudres" ? (vaste question)
Réponse pas si vaste que ça en fait. Et bien je pense que tu as lu une lecture extrêmêment claire du titre de mon album, "LE FEU AUX POUDRES", c'est tout ce que tu viens de citer en même temps, tout simplement. Je trouvais ce titre tout à fait approprié au projet, qui symbolise le départ, le commencement de quelque chose qui sera percutant et que je vais tenter de rendre irréversible. Ce LP allumera la mèche d'un tas de choses à venir, et cette fois-ci pour très longtemps.
Au premier survol des morceaux, d'une manière générale, tu semble avoir une affection particulière à ton environnement urbain, ou en tout cas, celui-ci semble avoir été un fil conducteur non seulement dans la rédaction de cet album mais aussi fatalement dans ta construction personnelle. Qu'est-ce que tu peux me dire à ce sujet ?
Il est vrai que mon environnement fait souvent partie de mon processus créatif, m'inspire de multiples façons.
J'ai toujours eu un rapport très physique avec lui, avec à la fois une intense connexion psychique. Une interaction forte. Que j'ai d'abord subi, puis dompté, puis mieux connu, mais en l'appréciant tout au long du voyage, d'une certaine manière. En tous cas, il est clair que même dans un texte où le thème développé n'est pas, à priori, en rapport avec ce que mon environnement, l'aspect citadin, la ville et le béton peuvent me souffler à l'oreille ou on fait de moi, on retrouve des clins d'oeil, des tunnels ou des allusions à tout ça précisément. J'en parle, et j'écris à ce propos parce que ça me touche de très près et que ça fait partie intégrante de ce que je suis. A posteriori, j'ai pu constater que l'angle avec lequel je rentre dans ces sujets, l'urbanité, les sentiments qui se dégagent d'avoir évoluer avec ou sans recul dans des formes carrées, est assez inédit dans le rap, en particulier en France. C'est pas trop le truc de la masse des rappeurs français, je pense qu'ils préfèrent rester dans la description en général et après plus rien, soit pour pleurnicher sur leur sort, soit juste pour montrer les muscles, mais très peu s'aventurent un peu plus loin dans ce qu'ils ressentent profondément, et d'ailleurs quelque soit le sujet. A mon avis, c'est dù à l'age des pratiquants, leurs buts en voulant faire ce truc là, du rap, le contexte actuel, la façon dont c'est perçu et le "role" de cette musique en France, y compris par ceux que l'on met au devant de la scène comme acteurs principaux et leurs clones suiveurs, la personnalité et les expériences de chacun, etc. Y'a heureusement des exceptions, des petits jets de lumière parfois. Ce n'est que mon avis, hein, on est d'accord... Après c'est chacun son talent bien sur, mais force est de constater qu'en ce qui me concerne je l'exprime d'une manière singulière. Qu'on aime ou que l'on aime pas, la démarche, quoique qu'involontaire puisque plus naturelle et plus logique que calculée, est intéressante, je pense. Objectivement. Dans mon rapport avec la ville, je le dis souvent, sur mon site, dans mes textes, tout est dit là en fait, mais en vieillissant, mon rapport avec le décor dans lequel j'habite, indépendamment du fait qu'il s'agisse principalement de béton, d'acier, de friches et de vieux pavés, mon attachement à ce dernier, ça devient un truc un peu viscéral... Je suis attaché à St-Ouen et à Panam comme Laurent Voulzy est attaché à Nogent quoi... Comme Martin Scorcese est attaché à New-York... Je suis passé par toutes les phases dans ma relation à mon lieu de naissance, et là j'ai pris pied, grandi, là d'où j'viens et où j'ai évolué. De l'ennui qui tue, de la haine à la résignation ou le manque, puis la reconnaissance et l'amour, c'est une histoire qui se vit, et que je tente de raconter comme je peux. Comme je suis un peu une "éponge à ce qui se passe autour de moi", c'est pour cette raison que ça transparaîtra toujours dans mes paroles, dans ma musique. Et puis franchement, quand on y est, y'a de quoi vouloir en témoigner et partager quelques moments, c'est tellement pittoresque, trop de trucs à raconter, je te jure ça vaut le coup, et pas seulement sur le coté "trucs qui renseignent socialement" même si évidement, t'es aux premières loges si t'es dans cette optique, et que t'as compris l'histoire de mon genre de quartier, entre 2 temps, entre stand-by figés, souvenirs et souffrance des affres de la déchéance sociétale qui déferle sur ce genre d'endroit, que tu te rends compte que c'est historique chez nous, mais aussi pour tous les aspects de l'intérieur, cocasses et singuliers, du "pays" en quelque sorte, les choses qui restent, typiques, développées et pas forcément subies... La culture. Et c'est un lien avec les auditeurs, les gens, je suis sûr que pas mal de monde qui ne vient pas forcément d'un univers semblable peut être sensible et même trouver des points communs avec ce qu'il connaît. Même sans pouvoir lire la profondeur des crépuscules citadins.
Tant mieux si mes morceaux sont intemporels, ils survivront d'autant mieux à l'usure des années. En tous cas, il est certain qu'ils sont en effet assez introspectifs la plupart du temps. Je fais passer les choses qui arrivent autour de moi par mon filtre émotionnel et mon ressenti propre pour que le résultat artistique soit original et intéressant, il n'y a que ça qui m'intéresse dans le fond. Aussi, je n'ai pas besoin de dire "11 septembre 2001" de crier "BUSH !" ou "SARKOZY", ou encore "CACHAN !" ou "EMEUTES" pour que tu te crées des repères dans ce que je raconte. Je fais la musique de mon temps, dans mon temps, en m'inspirant de ce qu'il y a eu de meilleur avant, et en espérant qu'elle même inspire ce qu'il y aura de bon après, je suis sur mes trucs, je parle de ce qui me touche, de ce que j'ai envie, de la façon dont je perçois les choses, on en revient toujours au même. Il peut m'arriver de citer et cibler certains points précis par rapport à l'actualité immédiate ou historique, si le besoin s'en fait sentir dans le texte, mais comme je te l'ai déjà dit, pour être renseigné socialement sur ce que les gens veulent savoir, sur moi ou mon contexte, je n'ai pas besoin d'agir en reporter, ou même en "rapporteur" de faits, tout le monde a des oreilles et des yeux, et tout est dit, il ne faut pas avoir un degré de lecture simpliste et basique bêtement.
D'un point de vue général, même si certaines sources d'infos sont plus difficiles d'accès que d'autres, il est possible de savoir ce que l'on veut par un moyen ou un autre aujourd'hui. Pour allez un peu plus loin que la question, et pour couper court vis à vis de toutes sortes de théories stériles et rampantes d’une manière plus ou moins proche du sujet en question, en ce qui me concerne, je ne supporte pas l'idée qui traîne parfois dans le rap, comme quoi ce courant musical se "doit d'être engagé" absolument et à tout prix, ou que c'est "sa raison d'être"...etc. Engagé dans quoi ? Engagé dans ce que les Ayatollahs auto proclamés et assoiffés de pouvoir de ce tout petit milieu veulent, pour acquérir toujours plus d'influence et en définitive recréer le même système que celui qu'ils sont en train de critiquer, à une échelle plus minable et avec moins de panache. Crois-moi, les supposées "convictions" de certains n’ont rien de viscérales, et sont bien loin d’entrer en ligne de compte en réalité. Faut que les gens le sachent pour de vrai et définitivement. Celles et ceux qui profèrent ce genre de connerie feraient bien de s'engager un peu plus vers eux-mêmes, avant d’ouvrir leurs bouches à vouloir dire ce qu'il faut ou ne pas faire, ils gagneraient à se connaître un peu mieux eux-mêmes, et à régler leur problèmes. Mais c'est souvent face à ce déficit de personnalité réelle, ce gouffre qu'est leur vie intérieure, instable et souvent creuse, faite de pièces rapportées et mal digérées, qu’ils deviennent agressifs et trouvent dans ce genre de discours un peu véhément, une raison d'être... Tu peux aussi constater qu’une origine bourgeoise non assumée et qui créée souvent un énorme complexe dans ce milieu, est la plupart du temps à l’origine de cette attitude. C’est un milieu qui au fil des années, mêlé au show-biz, au milieu artistique dans sa globalité, aux ego déglingués des plus aisés, au décalage créé avec les moins aisés, avec la gangrène parisienne prout-prout, est devenu un espace où les protagonistes ont désormais peur les uns des autres, où chacun se renifle le cul comme au caniparc. On est très loin du « Peace, Unity Love and Havin’ Fun ».
Ca me fait souvent penser à la plupart des bénévoles qui s’impliquent dans les actions humanitaires, qui sont quasi constamment des dépressifs aigus qui cherchent à s'occuper pour ne pas crever, meubler leurs vies ratées pour ne surtout pas se retrouver face à eux mêmes, en se faisant mousser sous couvert de la démarche "altruiste" au passage. Des pansements sur des jambes de bois tout ça. Je sais que mes propos vont encore faire hurler ceux qui se reconnaissent en ces pauvres prima donnas indignées, mais j’ai l’habitude, pas de soucis pour gérer ça. Sérieusement, tout le monde sait très bien que très peu sont convaincus du bien fondé de leur action. Et dans ce fameux monde du rap, c’est pareil. Ne nous y trompons pas. Clignez des yeux chers amis, y’a de la poudre dans l’air, faut y voir clair et rester honnêtes. Pour en revenir aux "grands Popes" du rap et du Hip-Hop adeptes de l’auto paluchage chronique, et bien je crois que penser comme eux c'est sincèrement prendre les gens qui composent l’auditoire et le public pour des cons, ça signifie implicitement que si tu n'écoutes pas de rap d'extrême gauche et que si par malheur ta musique est un peu dansante, festive ou donne le sourire, c’est forcément au détriment du soi-disant "message politique obligatoire" que tous bons rappeurs se doivent de faire passer, et que de ce fait tu es un faux, un vendu, mais surtout que tu n'as pas d'avis !.. Selon eux, puisque tu fais cette musique, tu te dois de dénoncer, et de la seule façon possible évidement, la leur, celle qui n’implique qu’un degré de lecture proche du zéro, bien balourd, et dépourvu de toute sensibilité artistique fine et perceptible dans un ensemble cohérent et non juste en les termes utilisés. Et dans cette logique, bien entendu, tout le monde autour de leurs petits nombrils a attendu et attend encore d’écouter de la musique pour avoir une opinion sur le reste du monde ! ..Pff, c’est n'importe quoi. Les gens pensent ce qu'ils pensent sans attendre personne, heureusement pour eux, pas besoin de rap pour ça. même si ça peut en aidé certains, quand ce genre de trucs revendicatif à un sens réel et est bien foutu, surtout quand il ne dicte pas sa méthode aux autres, comme à chaque fois. On l’a grillé leur fond de commerce à certain ! Si tu suis ce chemin hasardeux, tu ne tarderas pas à entendre des propos affolants sur le fait que la musique dans le rap ne sert pas à grand chose, que seules les paroles comptent et que les instrus ne sont qu'un support aux lyrics, avec une interaction relative... C'est grave. Pour ma part, une piste instrumentale de musique électronique ou de jazz me donne envie de me révolter dix fois plus justement, ou me transmet des choses mille fois plus intenses que leur discours de manifs rébarbatifs et fatigué. Chaque chose à sa place, depuis quand la musique et précisément le rap devraient-ils être obligatoirement le vecteur de la révolte fourre-tout et merdique que certains voudraient installer sans même savoir pourquoi ? Savent-ils seulement de quoi ils parlent en abordant le thème de la révolution ? J'en doute fort. Stop à la merde.
Qu'ils se rappellent aussi, cela dit en passant, que la musique qu'ils essayent de saborder et de s'approprier a un passé, et qu'elle est à la base une musique de party, du Funk initialement, puis du Rock avec de la boite à rythmes. Moi je considère évidement ce courant musical et culturel comme un tout, et de par mes activités dans la musique, dans le rap, mon objectif principal et de retranscrire au plus juste ce que je ressens, l'émotion, par les notes, par les mots, par l'intention, etc. Fatalement, je suis plus ou moins ce que mon prochain est, et inversement, en regardant vers moi, je regarde avec plus de clarté vers le reste du monde. Je n'ai donc pas de volonté de dénigrer l'actualité de notre histoire cyclique et prévisible, ni aucune sorte de désintérêt pour ce qui se passe autour, loin de là, et c'est n'est pas non plus une option d'écriture, il ne s’agit tout simplement pas de ma démarche première, je ne suis pas obsédé par ça, ma vision des choses étant plus basée sur ceux qui font les faits, les hommes, leur nature et leur secret, plutôt que sur ce qu'ils engendrent.
Mine de rien, ce que tu dénonces est un peu ma vision du rappeur et son rapport à sa musique. L'artiste s'exprime et le public suit ou non sa démarche, ça paraît simple et pourtant y'en a qui ont toujours une ânerie à gerber sur ceux qui aiment la musique, c'est navrant.
Enfin bon, Octobre 2006 c'est maintenant. Ton album est sorti et est gratuitement accessible à quiconque prendra le temps de le télécharger. Qu'est-ce qui t'as poussé à faire ce choix (la gratuité) ? Et aussi (et surtout) comment t'es venue l'idée de bosser avec moi pour cette sortie ?
Concernant la gratuité du projet, il y a plusieurs facteurs.
Le premier est tout simplement le fait que je me sois posé les questions essentielles. Je me suis demandé quelles étaient mes motivations fondamentales et réelles à propos de ma musique, le fait d'en faire, le pourquoi , et ce que je voulais vraiment pour un premier album. La réponse est simple. Outre les raisons personnelles, les mécanismes intimes et profonds qui aboutissent à l'écriture, la création musicale et le reste qui restent difficilement explicables (voir tentative d'explication sur www.Jéthro-bare.com), je fais des disques pour que le résultat en soit partagé. Un disque, un support, fait son propre chemin dans le temps et dans la vie des gens. Je suis bien placé pour le savoir, car les disques ont rythmé ma vie et sont aujourd'hui bien souvent les meilleurs calques de mes souvenirs, de mes pensées, de mes sentiments entre autres. Donc j'ai voulu partagé au maximum, ne mettre aucune barrière entre moi et les auditeurs, que l'accessibilité au public soit absolue, et que rien n'empêche qui que ce soit d'écouter mon truc et de connaître mon univers. Aujourd'hui, les produits culturels sont devenus un véritable luxe, et même si les choses changent petit à petit grâce aux actes de piraterie et aux downloads sauvages qui ont forcé la main aux majors pour que les prix baissent, on est loin du compte... En ce qui me concerne mon album est gratuit. Tu l'auras même si tu n'as pas un copec. Tu n'engraisseras personne, ni moi, ni ma maison de disque si j'en avais une (je rappelle que je ne suis en contrat avec personne pour l'heure, ni major, ni indé), au mieux tu apprécieras, sinon quoi qu'il advienne tu pourras parler en connaissance de cause si un jour tu donnes ton avis sur ce que je fais, car au moins tu auras pu l'écouter à l'oeil. Comme "LE FEU AUX POUDRES" est un album qui est 100% fidèle à ce que je voulais faire, notamment pour un premier LP, classique et à référence pour les initiés, personnel et filtré sur l'approche, ouvert et émotionnellement fort pour les moins initiés, fidèle à mes lignes directrices en un mot, je souhaite qu'il soit diffusé le plus possible, autant que faire se peut. même si mon avenir artistique sera fait de contenus divers et variés, je n'ai pas à rougir de cet album, et même mieux, je pense qu'il représente fidèlement la vision que j'en avais à l'intérieur, dans ce cadre là, et même fait avec 3 bouts de ficelle et sans grosse équipe derrière, je suis heureux de le présenter, et qu'il soit gratuit me semble logique. Et puis objectivement, vu ma (non) position "commerciale" du moment, ma place d'outsider fini, sans aucun plan marketing ni aucune force promotionnelle dans le dossier, je m'expose comme je peux, l'accessibilité totale que donne la gratuité est un avantage supplémentaire en ce sens. Ma diffusion, si je ne me bats pas pour, si je ne tente pas de réunir toutes les bonnes volontés autour, je peux me la carrer dans le rond, et bien profond même, c'est à moi de prendre la place que je pense pouvoir occuper dans le paysage d'écoute des gens, dans leurs univers en faisant des ponts avec le mien, alors quand c'est gratos, on les incite à ne pas se gêner. Comme quand je tagguais... expo forcée.. après le choix t'incombe, tu suis la flèche, tu rentres un peu dans le monde qui s'ouvre à toi, ou les deux pieds dedans, mais au moins tu as le choix, et personne ne t'as détroussé au passage. ce ne sera peut être pas toujours le cas, mais pour l'instant ça l'est et c'est très bien comme ça. Le jour ou ce que je propose sera payant, au moins ceux qui ont écouté sauront, et agiront en âme et conscience.
Le second facteur (et pas des moindre) est qu'en agissant sans intérêt, je ne me suis pas mis en position de me faire casser les couilles par aucun douanier, aucun pseudo directeur artistique mandaté par une quelconque chapelle, et que par ce fait, j'ai vraiment fais ce que j'entendais. Tout le monde comprendra cette démarche je pense. Surtout ici en France et dans ce genre musical.
Enfin le troisième facteur, les technologies actuelles permettent ce genre de parti pris très facilement, alors je m'y engouffre d'une manière encore plus jubilatoire. Je rappelle qu'en plus des téléchargements gratuits, LE FEU AUX POUDRES existe aussi en support physique, en CD en l'occurrence, distribué spontanément dans le rue, ponctuellement, par salve de 1000 exemplaires, toute l'année, principalement en région parisienne, mais pas seulement. Le Cd circulera donc aussi dans les chaînes d'ici et là, à la disposition de tous.
Pour finir, le fait que je travaille avec toi Inek et ton site AS.CONNEXION s'inscrit dans ma volonté de diffusion au plus grand nombre possible, mais pas seulement, car sans vouloir te passer de la margarine entre les noix, bosser avec toi est guise de qualité et de sérieux, de plus la ligne éditoriale de ton site, à savoir parler de l'actu artistique et des projets des gens qui ont un jour évoluer dans la trajectoire et partager l'aventure qu'a été le groupe ASSASSIN, cadre parfaitement avec mon parcours et aujourd'hui mon actualité. Il n'y a qu'à prendre 2 minutes de son temps pour se rendre compte d'une manière aisée et réjouissante que ton site est vraiment bien foutu, y'a rien à redire, il a une fonction réellement utile car il vient en complément des infos que les gens que ça intéresse peuvent trouver sur ASSASSIN, groupe mythique en France et son passé, sur les activités de Squat aujourd'hui etc... Ca n'a rien à voir avec un site de fans ou ce genre de merde. Il y a en plus le lien avec tous les intervenants qui ont un jour partager cette "odyssée" donc c'est vraiment nice. Je pense que ton site est ergonomique, techniquement violent, intéressant, bref c'est une grande joie pour moi de pouvoir profiter de ton efficacité. Quand on sait pourquoi et comment tu t'occupes sans aucune contrepartie financière de tout ça, quand on connaît un peu la justesse de ton jugement compte tenu de ton jeune age, et l'énergie que tu mets là dedans juste dans le bon esprit et pour l'amour du truc, on ne peut que respecter et soutenir. Voila juste les vrais valeurs du Hip-Hop, et par delà de grandes qualités humaines tout simplement.
Donc des faibles moyens, en autoprod', autant dire que comme pour le maxi "Sphères", ça va être rare ! (Je veux mon exemplaire...et dédicacé ! :-)
Je me demande tout de même si certains amateurs de ton parcours ne vont pas être déçu de ne pas voir de featuring avec d'autres MC de l'Odyssée d'Assassin, je pense notamment à D' de kabal avec qui tu fais des tournées.
Ouais, pas de gros moyens, mais la niaque et beaucoup d'énergie concentrée... Pourquoi dépenser 50 000 euros quand tu peux faire l'album dont tu as envie avec 2000 euros ? Et surtout quand tu n'as pas 50 000 euros (rires !) Mais même en mode low budget, je vais faire en sorte que ce projet soit diffusé a une grande échelle, par les moyens détournés que je peux me permettre.
A propos des invités, tu sais, contrairement à ce qui se pratique généralement dans le rap, je n'ai pas trop la culture du featuring pour le featuring même... Je m'en fous un peu... Je présente déjà mes trucs. Et pour un premier album, pour celui qui mettra le feu aux poudres justement, je laisse les gens bien s'imprégner de ce que je suis, plutôt que de les noyer sous une masse de voix, de flows et d'infos différents. Y'a 14 titres, assez divers les uns des autres, pas de quoi saouler le peuple avec ma ganache, mais qu'ils ciblent déjà bien qui s'adresse à eux, qui est ce mec et cette voix, ce qu'il a à dire, et pour le reste une fois que je serai mieux identifié j'ouvrirai la voie pour des collaborations qui ont leur raison d'être artistiquement, et toujours en étant intransigeant au niveau du rendu. Pas juste pour inviter... je n'ai pas l'esprit corporatiste, je veux surtout faire de bons morceaux.
Est-ce que t'as une idée de ce que le futur te réserves artistiquement ? Ou plutôt, prenant le futur entre tes mains, as-tu des nouveaux projets qui se bousculent dans un coin de ta tête ?
Tout à fait, pour commencer mon prochain album de rap en français qui s'intitulera "TRAIN FANTÔME" prévu courant 2007, un gros truc en perspective ! Il y aura aussi la sortie d'un album de mes projets de musiques électroniques nommé AQUA BLUE, dont l'ambiance naviguera entre deep et hard house, un vrai beau voyage à travers de profondes émotions. Je pense que 2007 verra également le développement des activités de DETONATORZ, à savoir le pôle 'beatmakers efficaces' mis en place au niveau production par DJ WICKED.P et moi même. D'ailleurs je vais beaucoup bosser avec WICKED.P dans l'année à venir, à l'élaboration d'un album commun axé Hip-Hop dancefloor et fat tracks. Pas mal de prods donc, notamment dans un futur proche sur l'album du chanteur Nu-Soul à la vibe très particulière qui s'appelle SMOOV SAUZE (convié à chanter sur mon album sur le titre "Approche toi"), un rendez-vous à ne pas manquer. Sinon, quelques apparitions sur les projets d'autres artistes de tout bord sont à prévoir à mon niveau, des interventions live également et si tout se passe bien un mini show en place prêt à jouer rapidement.
Parallèlement à tout ceci je vais sans doute essayer de lâcher un album de musique électro-technik semi instrumentale osée et trans-genres, une expérience intéressante et originale, et puis surtout j'espère vivement collaborer et monter un truc avec des artistes rock. Metal, New Metal, Fusion, pop-rock mélodique et régressif, pop-rock mélodique mélancolique et désabusé, England vibe, California vibe, Punk, le champ est très ouvert, tout ce que j'aime en somme, et au mieux une synthèse finement diluée de tout ceci.
Et bien ça va on avait pas de nouvelles de toi pendant 10 ans et maintenant tu vas être sur tous les fronts. Rien à dire, j'attendrai impatiemment l'élaboration de ces futurs projets.
Le temps et l'espace ne m'étant pas infini, je te remercie chaleureusement d'avoir eu confiance en moi et mon site pour ce premier projet. Je te souhaite que du bon pour l'avenir et on est tous heureux de te revoir sur la scène française.
Je te laisse à présent le mot de la fin pour clore cette interview. C'est à toi.