Inutile, je pense, de revenir sur la pêche, l’amour, la dose de réflexion, le groove et la bonne énergie qu’ont réussi à nous transmettre le line-up que Squat a réuni autour de lui lors de ce concert parisien de l’Olympia 2009. J’avais été témoin de quelques bribes de répétitions quelques jours avant la date fatidique, et je savais que la patate serait au rendez-vous.
Cependant, ça faisait des lustres que je n’avais pas assisté à un concert d’ASSASSIN, et encore moins coté public, noyé dans la foule, amusé et intéressé de voir ce network bigarré, provenant d’horizons relativement divers et en tous cas très fidèle à ce « groupe/nébuleuse », cette académie comme elle se définit si bien elle-même, avec son parcours, son axe et son aura unique si particulier.
Un des seuls concerts de rap où un skinhead SHARP qui s’affiche clairement comme moi ne se fait pas trop regarder comme une anomalie, voire attire quelques sympathies antifascistes bien légitimes. Soyons clair, il y a quand même bien plus de chances de croiser des gens cultivés et au fait des choses dans un concert d’ASSASSIN/SQUAT que dans un concert d’un de ces mecs qui tentent de faire du néo-rap pseudo-banlieusard gangsterisant français d’aujourd’hui…
Chez ce genre de types et leur univers, impossible de se figurer ça dans leurs petites têtes, rends toi compte : ma pomme, gars hautement impliqué dans le Hip-Hop des 90’s, qui continue à sortir des projets musicaux en tant que MC, pourtant skinhead convaincu et affirmé … De quoi faire BOOM dans leurs petits cranes, et de loin !!! Trop d’infos en même temps pour ces cerveaux étriqués, trop de notions qui s’entrechoquent dans leur vision inculte et inexacte de l’histoire des subcultures, trop de choses à gratter et surtout pas du tout l’habitude d’avoir un cheminement de pensée construit sur l’envie d’apprendre ! C’est une des raisons pour lesquelles la plupart des gens que je croise dans les milieux rap ou affiliés flanchent et ne savent pas comment se positionner par rapport à moi, et même au sein des activistes qui produisent, des artistes, alors que dans le tout venant sans prétention que constitue le public venu écouter un groupe comme ASSASSIN (ou Squat, au choix), les gens ont une vision un peu plus panoramique, ouverte et avisée et n’ont pas que les écueils d’effets d’annonces et de style pour seule source d’information.
Ça colle avec le discours et le message du groupe depuis le début de toute façon, et beaucoup s’y reconnaissent… C’est heureux !
Dans l’après midi du 11, je suis passé dans les coulisses de l’Olympe, j’ai revu de vielles connaissances et trié les souvenirs, énuméré les parcours, les anecdotes et les dossiers divers, c’était chaleureux et fort sympathique. La soirée s’annonçait déjà bien et personne n’a été déçu, je crois.
Pour ma part, le moment à retenir dans ce concert tant attendu est sans conteste la parenthèse enchantée où l’on a vu monter sur scène l’homme SOLO, dit l’Impérial SOLO à juste titre.
Pas besoin d’en faire des tonnes : je ne m’y attendais pas et j’ai été très, très ému, sincèrement et simplement.
J’ai été réellement touché à plusieurs égards, et hormis le coté clin d’œil à ma fin d’adolescence et ses quelques souvenirs gravés sur la musique d’ASSASSIN premier jus, c’était surtout la démonstration fracassante de la simple et totale évidence révélatrice qu’impose le fait de voir évoluer sur scène Rockin’Squat. K et l’Impérial Solo, ensemble.
Le vrai groupe ASSASSIN. Qui n’a rien perdu de son brio et de son efficacité. Dont les voix des deux protagonistes se mêlent et se complètent toujours aussi bien. Dont l’impact est toujours aussi puissant, autant visuellement que dans l’énergie dégagée, une tornade. On retrouve vite ses repères quand les fixations sont bonnes, quand le châssis en valait la peine, quand la machine tourne vraiment. La flamme s’est affaiblit mais n’a jamais été soufflée.
De la bombe !!! Pas plus, pas moins.
Ca avait du sens. Ca n’aurait jamais dû être autrement. Cela n’engage bien sur que moi, et ça risque encore de faire hurler les bigots-gardiens de la pseudo morale « undagwound » (pffff ..) dans leurs ponchos et leurs sweats à capuche trop large pour leurs épaules de serpents, mais j’ai toujours penser qu’ASSASSIN est un groupe de rap hardcore représentant les vraies valeurs du mouvement Hip-Hop de manière dure et profonde, qui a ses racines fortement ancrées dans le 18ème arrondissement de Paris et qui est voué a rayonner dans le monde entier par la qualité de sa musique, de son discours et de son attitude, et certainement pas une roulotte alter mondialiste qui se cherche à droite et à gauche !!! Y’a qu’a regarder.
L’émotion était palpable dans la salle pour les plus anciens et pour moi, elle avait une résonance spéciale.
Le Lp « Le Futur, que nous réserve t’il ? » sorti en 1993 a été un détonateur créatif en ce qui me concerne, ça m’a mis ans de très bonnes dispositions pour enclencher quelque chose qui allait fondamentalement marquer ma vie, à savoir l’écriture de textes de rap en français.
Dans le tout début des années 90, sous l’influence des anciennes cassettes du « Deenastyle » de Nova et de l’émission « Rapline » diffusée alors sur M6, j’avais déjà le gout pour ce style de rédaction et également quelques textes à mon actif, mais j’étais surtout impliqué dans le graffiti et le b-boy life style à l’américaine, c’était ma vision du Hip-Hop.
Avec ASSASSIN et leur premier album, je me suis décidé à faire quelque chose de sérieux, ce groupe et cet album étaient là au bon moment dans mon parcours et ça m’a terriblement boosté à travailler mes skills et a aller plus en avant pour faire quelque chose de concret.
Dont acte.
Depuis, j’ai eu maintes fois l’occasion de renvoyer la bonne vibe que j’avais reçu à l’époque aux instigateurs de tout ça, les disques en témoignent encore aujourd’hui, mais malgré tout, c’est sans vergogne que je le dis désormais : j’échangerai, et de loin, tout ce qu’à fait Squat depuis « Le futur … » et y compris toutes mes propres collaborations avec lui, pour revoir SOLO et SQUAT ensemble, le seul et l’unique crew ASSASSIN, le vrai, la bonne alchimie, définitivement détenteur de cette formule secrète contenant l’altitude de cette putain d’attitude, pour le bien du vrai rap, malmené dans ce pays, pour le bien de nos oreilles, de mes oreilles, parce que ça a du sens, parce que ce sont des performers charismatiques et authentiques et que cette place n’a jamais été à prendre, parce que ça a de la gueule et que c’est important pour l’histoire.
Parce que ces deux là sur scène ça fonctionne sacrément, y’a que ça de vrai, ça a un goût prononcé de vérité phonique et textuelle… This is rap music, le fond et la forme… en ces temps de supercherie absolue… et depuis trop longtemps.
Je ne doute pas que beaucoup tenteront de me faire passer pour un vieux con rétrograde, égo-nostalgique et passéiste, mais aussi vrai que les roquets pré-pubères apprendront que le temps est une notion toute relative, n’en demeure pas moins évident que qualitativement, je ne crois qu’aucun nouveau venu ou assimilé ne peut prétendre que son école vaut mieux que celles des gens de ma génération. Les plus jeunes d’entre nous qui ont à cœur de rester sincères ont toujours eu l’honnêteté intellectuelle de reconnaître que plus le temps passe, moins la sauce prend, à quelques exceptions prêts artistiquement dans ce mouvement dévoyé.
Ne vous méprenez pas, en aucun cas je ne dis pas qu’il faille revenir à ce qui était avant, tel un aigri attardé, mais simplement que le neuf devrait s’inspirer du vieux et ce, pour le mieux, car il y avait du bon, du vrai, du fond, de l’intention, la bonne forme, au lieu de survoler un art qu’ils ne touchent que très superficiellement parce que leurs dates de naissance leur donnent l’impression d’être nés en terrain conquis.
Beaucoup de personnes true-school que je connais sont d’accord avec moi, nous en avons reparlez après le concert, avec le même constat, et à voir le message que m’a laissé SOLO sur Facebook, nous étions bien tous sur la même longueur d’ondes ce soir et j’espère pouvoir me caler dessus encore, vite, en appréciant que les choses soient à leur place.
JETHRO BARE, La Défense / Paris, mai 2009.